Un jardin façonné (et refaçonné)
Certains jardins naissent d’une idée. D’autres, d’un paysage.
Aux Jardins de Métis, le jardin du ruisseau est né d’un cours d’eau.
Le ruisseau Page, qui traverse la propriété depuis bien avant l’arrivée d’Elsie Reford, est la colonne vertébrale des Jardins. Torrent fougueux au printemps, paisible filet d’eau à la fin de l’été, il a façonné le relief et inspiré l’aménagement du secteur du ruisseau.
Plutôt que de contraindre le paysage, Elsie Reford a choisi de travailler avec lui. Dès les premiers aménagements, de grands murets de pierre ont été construits pour stabiliser les berges et créer des espaces de plantation qui épousent les mouvements naturels du terrain. C’est ce qu’on appelle le High Bank, l’un des secteurs les plus emblématiques des Jardins de Métis.
Au fil des saisons, le secteur du ruisseau révèle une succession de floraisons où se côtoient lis martagons, astilbes, sanguinaires, saxifrages et pommetiers. Certaines plantations, comme la sanguinaire à fleurs doubles (Sanguinaria canadensis multiplex), sont toujours celles qu’Elsie a mises en terre il y a près d’un siècle. Ces fleurs ont été offertes à Elsie par Henry Teuscher, conservateur du Jardin botanique de Montréal, lors de sa visite aux Jardins à l’été 1941. Parmi les toutes premières à fleurir au printemps, elles ne dévoilent leur beauté que pendant quelques jours. Seuls les visiteurs les plus hâtifs de la saison ont la chance d’en apercevoir les derniers pétales!



Jardin du ruisseau (Mound Garden), vers 1935.
Photo : Robert W. Reford / Tirage argentique
Collection Les Amis des Jardins de Métis
Jardin du ruisseau (High Bank), vers 1930.
Photo : Robert W. Reford / Tirage argentique
Collection Les Amis des Jardins de Métis
Jardin du ruisseau (vue depuis le High Bank), vers 1935. Photo : Robert W. Reford / Négatif
Collection Les Amis des Jardins de Métis
Un jardin vivant
Mais ce que peu de visiteurs savent, c’est que ces murets n’ont pas traversé un siècle sans effort. Au début des années 2000, un vaste chantier de restauration a été entrepris afin de redonner au High Bank son caractère d’origine.
Pierre par pierre, à la main.
Les gros blocs ont été déplacés, repositionnés et réassemblés afin de reconstruire les murets en respectant l’esprit du jardin historique.
Pendant près de 15 ans, l’ensemble de l’équipe horticole a consacré environ deux semaines chaque saison à ce travail colossal.

Restauration du Jardin du ruisseau 2002-2003. Photo : Patricia Gallant / Collection Les Amis des Jardins de Métis
De nos jours, lorsqu’on emprunte les sentiers du High Bank, il est difficile d’imaginer les milliers d’heures de travail qui se cachent derrière ce paysage. Pourtant, chaque pierre raconte le savoir-faire, la patience et la détermination de plusieurs générations de jardiniers.
Aujourd’hui, c’est Rachel Weisnaghel qui veille sur le jardin du ruisseau, le High Bank et le jardin des primevères.
Comme les jardiniers qui l’ont précédée, elle connaît ses sentiers, ses arbres et ses vivace. Elle accompagne le rythme des saisons, divise les plantes, renouvelle certaines plantations lorsque le temps l’exige et veille à préserver l’esprit imaginé par Elsie Reford tout en répondant aux défis d’un jardin bien vivant.



High Bank et Jardin du ruisseau, 2026. Photo : Frédérique Martin
Le thème du 100e anniversaire des Jardins de Métis est 100 ans de travail. 100 ans de beauté. Ce secteur en est un magnifique témoignage. Derrière la beauté des floraisons se cache un siècle de gestes patients, répétés année après année par des générations de jardiniers.


Plans du secteur du ruisseau et du jardin des primevères par Cédrick Paquet
Rachel au jardin du ruisseau, 2026. Photo et graphisme : Frédérique Martin
Rencontrez Rachel
Cet été, nous vous invitons à découvrir ce secteur autrement.
Lors d’une visite guidée en petit groupe, Rachel vous fera parcourir le jardin du ruisseau, le High Bank et le jardin des primevères en partageant son regard de jardinière. Vous découvrirez l’histoire de ces lieux, les plantes qui les composent, les défis de leur entretien et les nombreux détails qui passent souvent inaperçus lors d’une première visite.
Parce qu’il n’y a personne de mieux placé que la personne qui prend soin d’un jardin, chaque jour, pour raconter son histoire.
Sur réservation — beau temps, mauvais temps
Places limitées
CARNET DU JARDINIER
Quelle est ta plante coup de coeur?C’est difficile! Il y en a plusieurs que j’adore. J’aime beaucoup la Primula laurentiana, une belle primevère indigène que l’on a intégré aux jardins dans les années 2010. J’ai aussi un faible pour la Clematis integrifolia, une clématite buissonnante et rampante plutôt que grimpante. Sinon, le pavot de l’Atlantique. Tout délicat, et qui fleurit toute la saison!
Selon toi, quel est le plus beau moment de l’année dans tes jardins?Définitivement début juillet pour voir les pivoines, les primevères et la saxifrage!
Parle-moi d’un détail que les visiteurs ne remarquent presque jamais.C’est drôle, mais je vois souvent les gens se permettre des choses en pensant qu’on ne remarquerait pas. Tu as marché dans ma plate-bande? Jetté un mouchoir? Ou malheur… cueilli une fleur? Je le sais tout de suite!
Ce que tu espères que les gens ressentent en visitant tes jardins.Je veux que les gens se sentent apaisés et émerveillés par la nature, sa diversité, la beauté du monde à travers le jardin. Aussi, qu’ils réalisent que ce n’est pas juste la fleur qui est belle. Le feuillage, la texture, le port de la plante… J’aime quand les gens se sentent inspirés à intégrer une nouvelle plante dans leur propre jardin!