Là où tout commence
Depuis près d’un siècle, les Jardins de Métis ne cultivent pas que des plantes. Ils cultivent surtout un savoir-faire qui continue de se transmettre.
Le Potager des Jardins de Métis est un lieu de culture, d’expérimentation… et de transmission. On y cultive des légumes, des fines herbes et des fleurs, bien sûr. Mais on y cultive aussi quelque chose de bien plus discret : un savoir-faire qui passe d’une génération de jardiniers à l’autre.
Aujourd’hui, c’est Félix Claessens-Matte qui veille sur ce secteur. Son histoire avec les Jardins de Métis commence en 2020, à la suite de ses stages, lorsqu’il se joint à l’équipe comme aide-jardinier. L’année suivante, il devient responsable du Jardin d’accueil. Pourtant, il prend une décision peu commune : il demande à redevenir aide-jardinier afin de prendre le temps d’approfondir sa pratique avant de reprendre la responsabilité d’un secteur.
Ce choix en dit long sur sa façon de concevoir son métier!
Pour Félix, apprendre n’a jamais été une étape à franchir. C’est une façon de jardiner.
Choisir d’apprendre
Au fil des saisons, Félix perfectionne les techniques propres aux Jardins de Métis. Marcel lui transmet les particularités de la culture du pavot bleu, les gestes précis de la division et de la transplantation, le montage des murets de pierre et cette attention portée aux petits détails qui donnent aux jardins anglais toute leur élégance.
Mais il lui transmet surtout une manière de penser le jardin.
Un jardin qui semble libre, abondant, presque sauvage… alors que chaque détail a été observé, réfléchi et patiemment construit.
En 2023, il reprend un poste de Jardinier, cette fois comme responsable du Potager. Depuis, cette vision ne cesse d’accompagner son travail. Aujourd’hui, ce qu’il aime particulièrement du Potager, c’est justement cette rencontre entre l’utile et le beau. Les bacs de cèdre, les clôtures, les arches vivantes de saule… tout y est pensé avec soin. C’est un jardin de production, certes, mais un jardin avant tout.


Potager, 2026. Photo: Frederique Martin
Félix travaillant au Potager, 2026. Photo: Frederique Martin
Le jardin qui prépare la suite
Bien avant de devenir le Potager que l’on connaît aujourd’hui, ce lieu a aussi été le premier jardin d’Elsie Reford.
C’est ici qu’elle fit ses premiers pas de jardinière. On y cultivait les légumes, les fines herbes et les fleurs à couper destinées aux bouquets luxuriants de la villa. À quelques pas du Potager se trouve aussi un lieu que les visiteurs ne découvrent presque jamais : la réserve.


Michael Stephen Reford cueillant des fleurs dans la réserve, aujourd’hui le Potager, 1932. Photo : Evelyn Reford (née MacInnes) / Tirage argentique / Collection Les Amis des Jardins de Métis
La réserve, aujourd’hui le Potager, vers 1935. Photo : Robert Wilson Reford / Tirage argentique / Collection Les Amis des Jardins de Métis
À l’époque d’Elsie, c’était justement là qu’elle multipliait ses vivaces, conservait des plantes en attente d’une place dans les massifs et préparait les plantations des saisons futures. À une époque où les pépinières étaient rares et éloignées, cette réserve constituait une ressource précieuse. Elle permettait aux Jardins d’évoluer sans cesse, tout en demeurant fidèles à leur esprit.
Aujourd’hui encore, certaines plantes n’y sont que de passage. Elles attendent simplement le bon moment pour trouver leur place ailleurs dans les Jardins.

Marcel Gagné entretenant la collection d’hémérocalles de la réserve, vers 1990. / Photographie couleur / Collection privée
Transmettre à son tour
Les saisons passent, les connaissances s’accumulent… mais le métier de jardinier ne cesse jamais de s’apprendre.
Comme bien d’autres avant lui, Félix sait que les plus précieux apprentissages naissent souvent d’un conseil partagé, d’un geste observé ou d’une conversation au détour d’une plate-bande.
C’est cette même générosité qu’il souhaite aujourd’hui transmettre aux nouveaux jardiniers.
Partager les connaissances acquises au fil des saisons.
Prendre le temps de transmettre ces petits repères qui ne figurent dans aucun guide, mais qui permettent de trouver plus rapidement sa place au sein d’une équipe.
Parce qu’un jardin historique ne se préserve pas uniquement grâce aux plantes. Il se préserve aussi grâce aux personnes qui choisissent de transmettre ce qu’elles savent.
À l’heure où les Jardins de Métis célèbrent 100 ans de travail, 100 ans de beauté et regardent déjà vers les 100 prochaines années, le Potager nous rappelle qu’un jardin historique ne vit pas seulement de sa mémoire. Il vit de sa capacité à transmettre.
À accueillir.
À expérimenter.
À préparer demain.
En prenant soin du Potager, Félix cultive bien plus que des légumes, des fines herbes ou des fleurs.
Il prend soin d’un lieu où, depuis près d’un siècle, chaque génération de jardiniers prépare discrètement la suivante.


Plans du Potager par Cédrick Paquet
Félix au Potager, 2026. Photo et graphisme : Frédérique Martin
Rencontrez Félix
Le Potager est bien plus qu’un jardin de légumes et de fines herbes.
Lors de cette visite guidée, Félix vous invite à découvrir le lieu où Elsie Reford a fait ses premiers pas de jardinière, où les plantes se multiplient, où les idées prennent racine… et où les générations de jardiniers continuent de se transmettre un savoir-faire unique.
Une visite qui vous fera découvrir les Jardins sous un angle rarement raconté : celui de celles et ceux qui préparent, chaque saison, les cent prochaines années.
Sur réservation — beau temps, mauvais temps
Places limitées
CARNET DU JARDINIER
Quelle est ta plante coup de coeur?En ce moment au Potager, les petits tournesols plantés le long du musée des outils font fureur. Sinon, il y a les rosiers que j’aime beaucoup… malheureusement, je n’en ai pas dans mon secteur! Je suis aussi un grand fan de plantes tropicales comme les orchidées et les bromélias.
Selon toi, quel est le plus beau moment de l’année dans tes jardins?Au Potager, ça prend beaucoup de temps avant que les floraisons viennent accoter les autres Jardins. Entre la mi-août et début septembre, les tournesols sont éclos, la rose trémière est en fleur… Ça commence enfin à être abondant! Devancer les floraisons dans mon secteur, ça fait partie de mes défis.
Parle-moi d’un détail que les visiteurs ne remarquent presque jamais.Les gens sont souvent surpris par l’abondance de fleurs comestibles et plantes médicinales au Potager. J’entends souvent des gens dire qu’ils ne savaient pas que ça se mangeait! Ça amène plein de belles connexions et des interactions intéressantes avec les visiteurs.
Ce que tu espères que les gens ressentent en visitant tes jardins.J’aime quand les gens se sentent inspirés en entrant au Potager. Les légumes ne sont pas plantés en rangs; il y a des formes, des courbes, du compagnonnage… Je veux que les puissent se dire : « Je veux faire ça chez moi » !