37 ans à jardiner entre héritage et innovation

Un jardin ne se résume jamais à ce que l’on voit. Derrière une floraison se cachent des mois de préparation. Derrière une collection, des années de patience. Derrière quinze jardins différents, une vision capable de les faire dialoguer sans effacer leur personnalité.

Cette trame invisible, il faut quelqu’un pour la penser, la suivre, l’ajuster au fil des saisons. Pendant 37 ans, Patricia Gallant a été cette personne.

Tout a commencé par un coup de cœur.

En 1986, Patricia arrive aux Jardins de Métis pour donner une formation sur les sols. Elle ne connaît pas encore vraiment les Jardins. Au printemps suivant, elle revient pour mieux les visiter. En traversant le premier pont, un sentiment très fort monte en elle : 

« C’est ici que je vais travailler. » 

Il lui faudra attendre encore une petite année pour que son vœu soit exaucé. En 1988, elle rejoint l’équipe comme technicienne horticole. Elle le restera jusqu’en 2002, année où elle prend la responsabilité de l’équipe horticole, qu’elle dirigera jusqu’en 2025. 

Pendant 37 ans, Patricia aura donc vécu au rythme des Jardins, de leurs saisons, de leurs plantes et de leurs transformations. Elle parle d’ailleurs de l’horticulture comme d’un « perpétuel recommencement » : chaque année apporte ses imprévus, ses réussites, ses déceptions et de nouvelles possibilités. Les plans sont préparés longtemps d’avance, mais le jardin finit toujours par avoir son mot à dire. 

Et c’est peut-être justement cette tension entre ce que l’on imagine et ce que le jardin nous révèle qui aura nourri tout son parcours. 

Jardin du ruisseau « Mound Garden », 2023. Photo : Charlotte Garneau

Préserver un jardin vivant 

Prendre soin d’un jardin historique demande un équilibre particulier. Il faut connaître ce qui était là avant, comprendre les intentions de sa fondatrice et reconnaître les éléments qui donnent à chaque jardin son caractère. Cependant, il faut aussi accepter qu’un jardin vivant ne puisse jamais être exactement le même d’une génération à l’autre. 

Les archives d’Elsie sont rapidement devenues un outil précieux dans son travail. Elles permettaient parfois de confirmer une intuition, parfois de remettre une décision en question. Dans l’Allée royale, par exemple, Patricia sentait que quelque chose clochait, sans jamais arriver à mettre le doigt dessus. 

« Quand j’ai vu les vraies photos, j’ai tout de suite compris. Mme Reford le disait dans ses notes : elle avait choisi des couleurs pastel pour l’Allée royale. Pas des couleurs chaudes! Ça nous a permis de refaire l’aménagement en respectant la vision d’Elsie. » 

Préserver l’histoire ne signifiait pas reproduire le passé à l’identique. 

C’est peut-être là que se trouve toute la subtilité des décisions qui ont été prises au fil des années. Il n’est pas question de refaire exactement ce qu’Elsie faisait, mais de comprendre son audace et continuer à pousser les limites du possible. 

Patricia Gallant photographiée dans l’Allée royale au début de sa carrière, en 1989. Photo : Ministère des Loisirs, de la Chasse et de la Pêche

Patricia marchant sur le chemin de service vers la villa Estevan, 2020. Photo : Jean-Christophe Lemay

Patricia en visite guidée au Potager d’Elsie, 2022. Photo : Charlotte Garneau

Une charpente pour relier les jardins 

Quinze jardins, des milliers de plantes, des caractères complètement différents : comment faire pour que tout cela appartienne malgré tout à un même lieu? 

Lorsqu’on lui demande ce qui relie les jardins entre eux, Patricia n’hésite pas à mentionner les pommetiers, la charpente qui permet à chaque jardin unique de dialoguer ensemble. 

On les retrouve d’un jardin à l’autre, comme une présence familière qui traverse l’ensemble du site et rappelle que, malgré leurs différences, tous ces jardins appartiennent à une même histoire. 

Mais pour Patricia, un autre fil conducteur très fort les relie également. 

« Ce qu’on retrouve partout dans les jardins, c’est surtout la passion. » 

Celle d’une plante, d’un jardin, d’une collection, d’une idée à explorer. Celle qui pousse un jardinier à regarder encore une fois, à déplacer une plante, à recommencer une expérience ou à attendre quelques années de plus pour voir si elle finira par s’établir. 

Jardin alpin, 2007. Photo: Louise Tanguay

Jardins du ruisseau « High Bank », vers 1955. Photo : Bruce Reford / Photographie couleur / Collection Les Amis des Jardins de Métis

Chaque jardin a son moment de gloire dans la saison 

Cette vision d’ensemble se retrouvait aussi dans la façon dont Patricia imaginait la saison. 

Elle ne regardait pas seulement les jardins individuellement. Elle cherchait à créer une succession, à faire en sorte que les floraisons se répondent et que le regard du visiteur soit constamment renouvelé. 

Il fallait donc penser à ce qui arriverait avant, à ce qui prendrait le relais ensuite, aux couleurs qui pourraient créer un lien entre deux secteurs. Pendant qu’un jardin atteignait son apogée, un autre préparait déjà la suite. 

Ce travail demande une planification considérable, mais aussi beaucoup d’humilité. Car la nature ne suit jamais parfaitement le calendrier. 

On prépare, on observe, on ajuste. Et parfois, il faut accepter que le jardin ait une meilleure idée que nous! 

Patricia arrosant les plants dans la serre, 2020. Photo: Jean-Christophe Lemay

Laisser place aux jardiniers 

Patricia cherchait à connaître la personnalité horticole de chaque jardinier, à comprendre ce qui l’intéressait et à développer ses forces. Elle savait que chacun allait nécessairement poser un regard différent sur son jardin, et que cette diversité pouvait devenir une richesse plutôt qu’un problème. 

Cela demandait de savoir quand intervenir et quand laisser faire. 

Une idée proposée par un jardinier pouvait modifier un plan. Une observation faite sur le terrain pouvait l’amener à revoir sa propre décision. 

« Souvent, c’est l’ensemble des idées qui nous fait évoluer vers LA bonne idée! » 

Cette façon de travailler demande une certaine confiance. Elle demande aussi de connaître les limites : on peut expérimenter, mais il faut respecter l’esprit du jardin; on peut faire évoluer un secteur, mais sans lui faire perdre ce qui le rend unique. 

L’objectif n’était donc pas de faire travailler tout le monde de la même manière, mais de faire en sorte que toutes ces personnalités puissent contribuer à une même œuvre. 

Innover aussi dans notre façon de jardiner 

Pour Patricia, être à l’avant-garde ne signifiait pas seulement essayer de nouvelles plantes ou imaginer de nouvelles compositions. Cela voulait aussi dire remettre en question les façons de faire — même celles qui semblaient aller de soi. 

Lorsqu’elle arrive aux Jardins de Métis en 1986, les traitements phytosanitaires font régulièrement partie de l’entretien des jardins. 

« C’était comme ça l’horticulture à l’époque. » 

Mais Patricia est sensible à l’environnement et, au fil des années, elle travaille à faire évoluer ces pratiques. 

L’arrêt quasi complet de l’utilisation des pesticides compte aujourd’hui parmi ses grandes fiertés. Les interventions phytosanitaires qui subsistent sont devenues rares, spécifiques et ciblées. 

Une jardinière avant tout 

Derrière toutes ces décisions, il y avait pourtant quelque chose de beaucoup plus simple : son amour des plantes. 

Patricia parle avec la même passion d’une collection historique, d’une floraison difficile à obtenir ou d’une petite plante qu’elle a introduite quelque part des années auparavant. Elle sait aussi que certaines choses ne peuvent pas être consignées dans un plan ou un cahier. Il faut les observer, apprendre à les connaître et comprendre leur rythme. 

« Aimez-les, vos plantes. » 

C’est peut-être le meilleur conseil qu’elle pouvait transmettre. 

Parce qu’il faut aimer les plantes pour accepter d’attendre cinq ou huit ans leur maturité. Pour recommencer lorsqu’une tentative échoue. Pour travailler avec un sol plutôt que de vouloir constamment le transformer. Pour chercher une floraison plus tardive afin que le jardin continue de vivre jusqu’à l’automne. 

Et pour continuer à être curieuse après presque quarante ans de métier. 

Une œuvre collective 

Car un jardin comme celui-ci ne peut pas être l’œuvre d’une seule personne. 

« Tu arrives pas à faire quelque chose comme ça toute seule, c’est impossible! » 

Il faut les idées d’une fondatrice, le regard de plusieurs générations de jardiniers, la patience des plantes et cette volonté de toujours essayer encore une fois. 

Une vision, plusieurs jardins et une histoire qui continue de pousser. 

Patricia et ses fleurs, 2021. Photo : René Marquis

Rencontrez Patricia Gallant

Après 37 ans à travailler au cœur des Jardins de Métis, Patricia Gallant connaît mieux que quiconque tout ce qui se joue derrière les jardins que l’on admire aujourd’hui.

Comment planifie-t-on une saison? Comment les jardiniers travaillent-ils ensemble tout en laissant chaque jardin conserver sa personnalité? Comment décide-t-on ce qui doit être préservé, transformé ou expérimenté?

Ce samedi 12 septembre, Patricia vous invite à découvrir les coulisses de son travail et à poser un nouveau regard sur les Jardins de Métis.

Une occasion unique d’entendre celle qui a accompagné leur évolution pendant près de quatre décennies et de comprendre tout ce qui se cache derrière la beauté des Jardins.

Au Grand hall des Jardins de Métis
Sur réservation — Places limitées

CARNET DU JARDINIER

Quel jardin te ressemble le plus? Pourquoi?

Je peux pas dire! Chaque jardin a un peu de moi…

Aujourd’hui, quand tu reviens aux Jardins, qu’est-ce que tu regardes en premier?

Je suis vraiment un visiteur pas commode! J’essaie de regarder avec un œil de visiteur, mais je ne peux pas m’empêcher de toucher aux fleurs et de constater ce qui doit être fait. J’ai surtout hâte de retrouver les plantes particulières qu’on a ajoutées au fil du temps…

Qu’espères-tu que l’équipe qui travaille aujourd’hui aux Jardins de Métis retienne de ton passage?

C’est sûr que j’étais une grande passionnée, alors oui, il y a cette passion, mais aussi le désir de préservation des collections. Et il y a toute la dimension du souci écologique, d’employer des pratiques plus en respect de l’environnement. L’engagement aussi : être le plus intègre possible par rapport à ce que tu fais!

Y a-t-il une saison, une floraison ou un jardin particulier que tu associes particulièrement à tes années comme directrice?

Le printemps, c’est l’effervescence! C’est plein de promesses… Tu redécouvres ce que tu as planté à l’automne, c’est un nouveau départ!